Mister George Weah, l’épopée d’une légende

Ballon d’or en 1995, Sénateur puis Président de la République du Liberia, la vie de l’illustre George Weah est un véritable conte de fées.

Jeudi 26 décembre 2017, l’enfant terrible du foot africain accède à la Présidence du Libéria. Son élection a constitué un tournant dans l’histoire de ce pays ravagé par une terrible guerre civile entre 1989 et 2003. Pour la première fois depuis la création du pays en 1822, le vainqueur est un « enfant du ghetto ».

George Weah est né le 1er octobre 1966 à Clara Town, un bidonville malfamé de la capitale Monrovia. Il a été élevé par sa grand-mère dans une pauvreté extrême et, pour subsister, le gamin a dû exercer divers petits métiers.

Mais le ballon qu’il aimait tant taquiner dans les ruelles boueuses du ghetto, allait bouleverser son existence.

Fait du hasard ou ironie du sort, le jeune adolescent fit ses premières armes de footballeur dans un modeste club de Monrovia au poste de, tenez-vous bien… gardien de but ! En 1988, alors âgé de 22 ans, il se retrouve au poste d’avant-centre au Tonnerre de Yaoundé.

Au Cameroun, il est repéré par Claude Le Roy qui le recommande aussitôt à Arsène Wenger, alors, entraîneur de l’AS Monaco. La même année, le jeune surdoué débarque à la Principauté.

Arsène Wenger se rappellera plus tard : « Quand je l’ai vu pour la première fois à Monaco, un peu perdu ne connaissant personne, n’étant pas reconnu comme joueur et devenant meilleur du monde en 1995, puis aujourd’hui Président de son pays. C’est incroyable ».

Oui la vie de George Weah est un conte de fées. Car pendant quatorze ans, l’attaquant va exercer son talent dans les clubs européens les plus réputés : Paris Saint-Germain, Milan AC en passant par Chelsea, Manchester City et l’Olympique de Marseille.

Le périple européen

Son premier contrat signé, Weah est à la conquête de l’Europe. Il a 22 ans et il devient rapidement une figure incontestable de l’équipe monégasque. Pour sa première saison, il totalise 14 buts en 23 matchs. Dans la foulée, il décroche la Coupe de France en 1991.

Weah se révèle comme étant le prototype unique d’attaquant mixte : sans fioritures, il allie la rigueur des footballeurs européens à la fantaisie des magiciens du football africain. Il excelle dans la lecture du jeu, l’anticipation et l’improvisation. En 1992, il mène ses coéquipiers vers la finale de la Coupe des Coupes remportée par le Werder Brême (2-0).

Son talent hors pair l’amène l’été suivant au PSG, club avec lequel il va franchir un palier décisif. Au bout d’une saison de légende dans laquelle il devient l’un des meilleurs canonniers de la Coupe d’Europe des clubs champions (Ligue des Champions), l’attaquant libérien fait étalage de toute sa classe sur les terrains européens.

Meilleur buteur lors de la saison 92-93, il est champion de France avec le PSG en 93-94 et mène son équipe à la finale de la Coupe des Coupes perdue face à Arsenal (0-1).

L’année suivante, le PSG mené par Luis Fernandez, atteint les demi-finales de la Ligue des Champions. Il est éliminé par le Milan AC. En championnat, l’équipe termine 3ème , tout en remportant les deux Coupes de France.

Lors de son passage au Parc des Princes, Weah aura inscrit 55 buts en 137 matches dont 8 buts en C1. Son talent pur, son élégance, sa générosité et sa courtoisie lui valurent le surnom de « Mister George » en hommage à la responsabilité qu’inspire George Weah, cet anglophone converti à la langue de Voltaire.

« Weah est plus cher que la Tour Eiffel » avait déclaré un jour Michel Denisot, président délégué du club.

Au bout de cette saison mémorable, Weah cède aux sirènes d’un des grands d’Europe : le Milan AC. Les Ultras parisiens réagissent et affichent une banderole significative lors de l’ultime apparition de la légende au stade de la Porte d’Auteuil : « Weah casse-toi ! ».

Sur le toit du Monde

Les supporters parisiens étaient loin de se douter qu’ils saluaient ainsi le futur premier ballon d’or non européen.

Mister George signe donc en 1993 en faveur du Milan AC et fait une entrée fracassante dans le prestigieux championnat italien. Le Calcio découvre un artiste au sommet de son art.

Face à la Lazio de Rome, il inscrit un but d’anthologie le 3 décembre 1995 qui va marquer les esprits et peser sur les votes des spécialistes. C’est la consécration : Weah devient le premier africain à être élu Ballon d’or européen. Il est également le premier joueur de l’histoire à cumuler la même année ballon d’or européen et ballon d’or africain. Ce sacre, il le doit tant à la qualité de ses prestations au PSG, qu’à ses exploits au Milan AC.

Accueilli à bras ouverts par le Calcio italien, Mister George « Il Fenomeno» y évoluera durant plus de quatre saisons. Son bilan fut exceptionnel : deux titres de champion en 1996 et 1999 et meilleur buteur de son club durant ses trois premières saisons.

Au cours de son séjour italien, Weah impressionne par son style particulier où sont alliées puissance d’accélération et finesse d’orfèvre.

Le 8 septembre 96, il accomplit face au Hellas Vérone l’une des prouesses les plus captivantes de l’histoire du football à l’instar des Messi et Maradona. Une chevauchée de plus de 80 mètres, en slalom pour effacer trois défenseurs médusés et une frappe finale qui met le gardien hors de portée devant un public en délire. Mais rien n’est trop beau pour « Mister George » : la FIFA va l’élire en 1996 joueur de l’année.

La préretraite dorée

Au sommet de son art, Weah décide de quitter la Lombardie durant le mercato hivernal de l’an 2000. L’arrivée de l’Ukrainien Shevchenko a réduit son temps de jeu et a précipité son départ pour une préretraite dorée.

De Londres (Chelsea) à Manchester City puis à Marseille et enfin aux Emirats Arabes Unis (Al Jazira), il achèvera sa carrière au terme de la saison 2002-2003 en évitant la saison de trop. Le légendaire Weah va relever un nouveau défi : la course vers la présidence de son pays.

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