CAN : rétropédalage, revirements… la CAF donne le sentiment de naviguer à vue
La Confédération africaine de football (CAF) envisage déjà de revenir sur sa décision d’organiser la Coupe d’Afrique des nations tous les quatre ans, annoncée en décembre 2025. Ce possible changement de cap, moins d’un an après cette réforme, relance les interrogations sur la cohérence des choix de l’instance dirigeante du football africain et sa capacité à inscrire ses décisions dans une stratégie durable.
La CAN pourrait finalement conserver son rythme traditionnel. Réuni au Cap-Vert, vendredi 9 octobre 2026, le président de la CAF, Patrice Motsepe, a annoncé que l’organisation réexaminait la périodicité de la compétition.
« Nous avons discuté de plusieurs sujets ces derniers jours et nous examinons toutes les options, y compris le retour à une CAN tous les deux ans », a-t-il déclaré, selon Reuters.
À ce stade, aucun retour au cycle biennal n’a été officiellement acté.
L’annonce intervient moins de dix mois après la décision de décembre 2025. À l’époque, la CAF avait justifié le passage à une CAN quadriennale par la volonté de réorganiser le calendrier international et de lancer une Ligue des nations africaine. La compétition continentale devait se tenir en 2027, puis en 2028, avant de passer à un rythme de quatre ans à partir de l’édition suivante, prévue en 2032.
Ce calendrier est désormais remis en discussion. Le problème dépasse la seule fréquence du tournoi : il concerne la manière dont la CAF conçoit, annonce et défend ses grandes réformes.
Une réforme annoncée, déjà remise en question
Depuis sa création en 1957, la CAN s’est imposée comme le principal rendez-vous des sélections nationales africaines. Depuis 1968, elle se disputait généralement tous les deux ans. Modifier ce rythme ne pouvait donc pas être une décision anodine. Elle touchait à l’identité de la compétition, aux habitudes des supporters et aux intérêts économiques de nombreuses fédérations.
Le projet quadriennal avait aussi des conséquences concrètes pour les diffuseurs, les sponsors et les organisateurs. Espacée de quatre ans, la CAN aurait changé de place dans le calendrier sportif et dans les stratégies commerciales de ses partenaires. La Ligue des nations africaine devait notamment occuper une partie de l’espace laissé libre.
Or, avant même la mise en œuvre de cette nouvelle organisation, la CAF envisage de revenir à son modèle historique. Cette volte-face potentielle pose une question simple : les conséquences de la réforme avaient-elles été suffisamment évaluées avant son annonce ?
Revenir sur une décision n’est pas nécessairement une erreur. Une institution doit pouvoir corriger ses choix lorsque les circonstances ou les consultations font apparaître des limites. Mais une réforme aussi structurante devrait reposer sur des objectifs clairement définis, une évaluation de ses effets et une concertation suffisante avec les acteurs concernés.
À défaut, les changements successifs donnent le sentiment que la stratégie se construit au fil des réactions plutôt qu’à partir d’une vision arrêtée.
Fréquence, calendrier, organisation : une ligne difficile à lire
Le débat sur la périodicité s’inscrit dans une série de transformations qui ont profondément modifié l’organisation de la CAN. Le passage de 16 à 24 équipes, effectif depuis 2019, a élargi la compétition. Les décalages de calendrier et les changements de pays hôtes ont également contribué à rendre son organisation plus complexe.
Les précédents concernant les pays organisateurs sont particulièrement révélateurs des difficultés de planification. Le Cameroun a perdu l’organisation de l’édition 2019 en novembre 2018, avant d’accueillir celle de 2021, disputée en réalité en 2022. La Côte d’Ivoire, initialement désignée pour 2023, a finalement accueilli le tournoi en 2024. La Guinée, qui devait organiser la CAN 2025, a été dessaisie en septembre 2022 ; le Maroc a ensuite obtenu cette édition, tandis que le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda ont été désignés pour 2027.
Ces décisions répondaient à des situations distinctes, notamment aux retards de préparation de certains pays. Elles ne peuvent donc pas toutes être assimilées à des revirements injustifiés. Elles illustrent néanmoins les conséquences des changements de calendrier sur les États hôtes, les infrastructures, les investissements et la préparation des compétitions.
Envisager de modifier une nouvelle fois la fréquence de la CAN ajoute une incertitude supplémentaire à un environnement déjà soumis aux contraintes du calendrier international. Pour les fédérations, les diffuseurs et les partenaires commerciaux, la prévisibilité est une condition essentielle à la planification.
Quelle place pour les fédérations nationales ?
La méthode employée par la CAF mérite aussi d’être examinée. Une réforme qui engage les 54 associations membres devrait s’appuyer sur une concertation clairement identifiable, avec des arguments sportifs, économiques et organisationnels rendus publics.
Si les fédérations n’ont pas été suffisamment consultées avant l’annonce du passage à quatre ans, la question ne se limite plus au choix entre deux périodicités. Elle porte sur la place accordée aux associations nationales dans les décisions qui engagent l’ensemble du football africain.
Le réexamen annoncé au Cap-Vert pourrait offrir l’occasion de clarifier les objectifs poursuivis. Pourquoi la CAN doit-elle se jouer tous les quatre ans ? Quels bénéfices la Ligue des nations devait-elle apporter ? Quelles conséquences le changement de rythme aurait-il sur les revenus des fédérations, l’exposition des sélections et l’intérêt du public ? Et, si le cycle biennal est finalement maintenu, sur quelles évaluations ce choix reposera-t-il ?
Ces questions appellent des réponses précises. La seule invocation de l’harmonisation du calendrier international ne suffit pas à démontrer qu’une réforme est la meilleure option pour le football africain.
La CAF face à l’exigence de cohérence
La CAN est une compétition sportive, mais aussi un rendez-vous économique et populaire majeur. Ses évolutions engagent bien davantage que les instances dirigeantes : elles concernent les sélections, les joueurs, les supporters, les diffuseurs, les sponsors et les pays qui investissent pour l’accueillir.
La CAF n’est pas condamnée à conserver éternellement le même modèle. Elle peut élargir le tournoi, réorganiser son calendrier ou revoir sa stratégie commerciale. Encore faut-il que ces changements soient préparés, expliqués et suffisamment stables pour permettre aux acteurs du football africain de s’y adapter.
Le possible retour à une CAN tous les deux ans pose donc une question de fond. Moins d’un an après avoir annoncé une rupture avec le modèle historique, l’instance doit déjà réexaminer son choix. Ce n’est pas la preuve automatique d’une mauvaise décision initiale, mais cela oblige à s’interroger sur la méthode qui a conduit à l’adopter.
À force de réformes annoncées puis remises en discussion, la CAF risque de brouiller la lisibilité de sa propre stratégie. Le véritable enjeu est désormais de définir un cap, d’en exposer les raisons et de s’y tenir tant que les faits ne justifient pas de le modifier. Le football africain a besoin d’une institution capable d’évoluer, mais aussi d’expliquer ses décisions et d’assumer leur cohérence dans le temps.