Luc Eymael : « Le 8-0 de Mazembe a laissé des traces au Club Africain, mais… »
Interview
Le TP Mazembe offrira l’hospitalité, samedi 17 octobre, au Club Africain, en match comptant pour l’acte 1 du deuxième tour préliminaire de la Ligue des champions de la CAF.
Cette affiche promet d’être intense entre deux clubs avides de retrouver la phase de groupes de la compétition-phare interclubs en Afrique.
Si le géant du football congolais court après un 6e sacre après ceux de 1967, 1968, 2009, 2010 et 2015, son homologue tunisien espère mettre un terme à sa disette en C1 qui persiste depuis 1991.
Pour évoquer cette affiche, “Foot Africa” a sollicité l’entraîneur belge Luc Eymael, qui connaît bien les deux clubs pour les avoir affrontés récemment dans les championnats de la RD Congo et de Tunisie, à la tête du FC Lupopo et de la JS Kairouanaise.
Coach, vous connaissez bien le TP Mazembe pour l’avoir affronté à plusieurs reprises avec Lupopo. Comment analysez-vous cette confrontation face au Club Africain ?
Ce sont deux bonnes équipes qui aiment jouer au football. Il ne faut pas oublier que quatre joueurs évoluant actuellement au TP Mazembe ont été sous mes ordres à Lupopo. À l’époque, nous avions battu Mazembe à trois reprises et obtenu un match nul. Je pense d’ailleurs être le seul entraîneur à avoir réalisé une telle performance.
Depuis la mi-saison dernière, le TP Mazembe a changé d’entraîneur. Il est désormais dirigé par un technicien algérien (Slimane Raho) qui a remporté le championnat. Sur le plan de l’expérience internationale africaine, je pense que Kanzari (entraîneur du club Africain) possède davantage de vécu.
Il faut également tenir compte du rythme de compétition. Le Club Africain a un léger avantage, puisque le championnat congolais n’a pas encore repris. Les tournois et les matchs amicaux disputés par Mazembe ne peuvent pas remplacer la compétition officielle. Le Club Africain a déjà joué quatre rencontres de championnat et deux en Ligue des champions de la CAF, même s’il reste sur une défaite surprenante.
Enfin, jouer à Lubumbashi est différent de jouer à Tunis, notamment en raison de la pelouse synthétique du stade de Mazembe, qui n’est pas de dernière génération.

Le Club Africain peut-il tirer profit de son rythme de compétition supérieur pour prendre l’avantage sur le TP Mazembe ?
C’est effectivement un avantage pour le Club Africain. Ses joueurs ont davantage de rythme dans les jambes grâce aux matchs officiels déjà disputés, contrairement à ceux du TP Mazembe, dont le championnat n’a pas encore repris.
Pour le reste, il m’est difficile de me prononcer sur les faiblesses de l’une ou l’autre équipe. Je n’ai pas envie de trahir mes anciens joueurs, d’autant que je devais normalement rejoindre le TP Mazembe cette saison avant un revirement de situation.
J’ai entraîné plusieurs fois en République démocratique du Congo et je ne souhaite pas m’attirer des ennuis en dévoilant les faiblesses d’une équipe que je connais bien. Ce travail relève des staffs techniques et de l’analyse vidéo.
Quels sont les principaux pièges que le Club Africain devra éviter lors du match aller à Lubumbashi ?
Le Club Africain devra d’abord se préparer à évoluer dans une atmosphère hostile. Les supporters du TP Mazembe sont extraordinaires et soutiennent leur équipe avec beaucoup de ferveur. Le stade pourrait être bien rempli, même si sa capacité est inférieure à celle du stade de Radès.
Il faudra également gérer tout ce qui entoure la rencontre, notamment la pression exercée en dehors du terrain. Enfin, les joueurs devront s'adapter à la pelouse synthétique de Mazembe, qui présente des caractéristiques très différentes de celles du terrain de Radès.
Quelle influence le public du TP Mazembe peut-il avoir sur le déroulement de cette confrontation ?
Le TP Mazembe possède un public très passionné, qui soutient son équipe sans réserve. On retrouve un peu la même ferveur chez les supporters du Club Africain, mais à Lubumbashi, l'accueil pourrait être particulièrement hostile envers les joueurs et le staff technique tunisiens.
Le public aura donc une influence importante, tout comme celui de Radès lors du match retour. La différence réside notamment dans la configuration des stades : à Lubumbashi, les tribunes sont très proches du terrain et des bancs de touche. Il n'y a pas de piste d'athlétisme pour éloigner les supporters de la pelouse.
Quels joueurs pourraient faire basculer cette confrontation entre le TP Mazembe et le Club Africain ?
Je préfère éviter de citer trop de noms, car je connais plusieurs joueurs du TP Mazembe pour les avoir entraînés à Lupopo. Je suis néanmoins convaincu que Kanzari et son staff ont étudié attentivement l'adversaire.
Les quatre joueurs que j'ai eus à Lupopo et qui évoluent désormais à Mazembe sont des éléments intéressants. Je ne sais pas s'ils seront tous titulaires, mais je pense qu'au moins trois d'entre eux pourraient débuter la rencontre. Globalement, Mazembe possède une équipe performante sur le plan offensif.
Le Club Africain a lui aussi des atouts, notamment sur les ailes. Il dispose également d'un milieu de terrain intéressant et de joueurs expérimentés. Il a certes perdu son meilleur buteur, mais celui-ci a été remplacé. Tout dépendra aussi du système tactique choisi par Kanzari pour le déplacement à Lubumbashi.
Le Club Africain possède-t-il les armes nécessaires pour rivaliser avec le TP Mazembe sur les plans physique, tactique et mental ?
Sur le plan physique, si le Club Africain n'a pas les armes nécessaires pour rivaliser avec le TP Mazembe, ce serait très grave. Tactiquement, la responsabilité revient à l'entraîneur et à son staff. Sur le plan mental, le staff technique doit également insuffler un état d'esprit de gagnant à ses joueurs.
Les deux équipes ont l'obligation de se qualifier pour la phase de groupes. Malheur au vaincu ! Pour le TP Mazembe, l'absence de compétition africaine la saison dernière a été particulière, surtout après avoir atteint les demi-finales lors de la campagne précédente.
Le Club Africain, de son côté, a réalisé une remontée remarquable en championnat, jusqu'à dépasser l'Espérance sur la fin de la saison. C'est l'un des clubs les plus populaires de Tunisie et il doit lui aussi viser la qualification à l'issue des deux matchs. Une élimination serait un gros échec pour les deux équipes et leurs staffs techniques.
Le Club Africain a subi une lourde défaite (8-0) face au TP Mazembe. Quel impact ce résultat a-t-il laissé dans la mémoire du club et chez ses supporters ?
Cette défaite a profondément marqué certains joueurs. Hamza Gharbi, par exemple, mon ancien joueur à la JS Kairouan, se souvenait encore très bien de cette rencontre lorsque nous évoquions les anciens joueurs du TP Mazembe, notamment Trésor Mputu, Patou Kabangu et Issama Mpeko.
Il faut toutefois rappeler que le TP Mazembe actuel n'est plus celui qui avait infligé cette lourde défaite au Club Africain. Les joueurs ont changé et plusieurs figures emblématiques de cette époque ne sont plus en activité. Issa Mpeko, que j'avais notamment entraîné au TP Mazembe puis à Lupopo, n'est plus au club.
Mazembe conserve néanmoins certaines caractéristiques, notamment sa tendance à attaquer depuis l'arrière et à utiliser les dédoublements. Du côté du Club Africain, il ne reste probablement plus beaucoup de titulaires de l'époque du 8-0. Je n'ai pas les compositions exactes des deux équipes sous les yeux, mais je sais que ce résultat avait laissé des traces.
Les supporters doivent désormais soutenir leurs joueurs, notamment lors du match retour à Radès. Le fait de commencer à l'extérieur peut être considéré comme un avantage ou un inconvénient. Dans les compétitions africaines, le résultat du match aller à l'extérieur reste toujours très important.
Selon vous, pourquoi le TP Mazembe est-il si difficile à battre à domicile par les clubs tunisiens ?
Le public constitue un facteur important. Les supporters du TP Mazembe sont très passionnés et leur proximité avec le terrain contribue à créer une atmosphère particulière. Les équipes visiteuses doivent également s’adapter à la pelouse synthétique, différente de celle de Radès.