Mondial des clubs, Coupe du monde à 48 équipes, FIFA Forward Enterprise… les réformes d'Infantino qui irritent l'UEFA
Depuis son arrivée à la présidence de la FIFA en 2016, Gianni Infantino a profondément transformé le football mondial. Expansion des compétitions, nouveaux modèles économiques, programmes de développement et stratégie commerciale ambitieuse : autant d'initiatives qui ont renforcé le poids de l'instance mondiale, mais qui ont également accentué les tensions avec l'UEFA, devenue son principal contrepoids.
L'élection de Gianni Infantino à la tête de la FIFA, en février 2016, devait marquer une rupture après les années de crise liées au scandale de corruption ayant provoqué la chute de Sepp Blatter. Ancien secrétaire général de l'UEFA, le dirigeant italo-suisse semblait pourtant être un allié naturel de l'organisation européenne.
Mais une décennie plus tard, la relation entre les deux institutions s'est considérablement dégradée. Derrière les désaccords sur les calendriers, les compétitions et les revenus se cache une opposition stratégique. En effet, la FIFA veut renforcer son rôle de centre de décision du football mondial, tandis que l'UEFA cherche à préserver un modèle européen qui concentre une grande partie des clubs les plus puissants, des meilleurs joueurs et des revenus commerciaux.
Une décennie de tensions entre la FIFA et l'UEFA
Depuis l'arrivée de Gianni Infantino à la présidence de la FIFA en 2016, les relations entre l'instance mondiale et l'UEFA se sont progressivement détériorées. Élu après les scandales ayant marqué la fin de l'ère Sepp Blatter, le dirigeant italo-suisse avait promis de moderniser la FIFA et de renforcer son rôle dans le développement du football mondial.
Dès les premières années de son mandat, Infantino a engagé une série de réformes destinées à accroître l'influence économique et sportive de la FIFA. Entre 2017 et 2019, l'organisation a notamment travaillé sur une nouvelle formule de la Coupe du monde des clubs, avec l'ambition de transformer cette compétition en un rendez-vous mondial majeur capable de générer davantage de revenus.
En 2022, un nouveau tournant est franchi avec la validation par le Conseil de la FIFA du passage de la Coupe du monde masculine de 32 à 48 équipes à partir de l'édition 2026. Cette réforme, défendue au nom d'une plus grande représentation des nations, a toutefois suscité des interrogations en Europe concernant l'allongement du calendrier et la fatigue des joueurs.
Entre 2023 et 2025, les critiques se sont intensifiées. Plusieurs acteurs du football européen, notamment des ligues, des clubs et des représentants des joueurs, ont dénoncé l'accumulation des rencontres internationales et l'augmentation de la charge physique imposée aux professionnels.
L'organisation du premier Mondial des clubs à 32 équipes en 2025 a ensuite ravivé les tensions. Alors que la FIFA présentait cette compétition comme une étape majeure dans la mondialisation du football de clubs, l'UEFA et plusieurs acteurs européens y ont vu une nouvelle menace pour l'équilibre du calendrier et la place centrale des compétitions continentales.
En 2026, les discussions autour de FIFA Forward Enterprise ont ajouté une nouvelle dimension au conflit. Au-delà de la question sportive, le désaccord porte désormais sur l'avenir économique du football mondial et sur la manière dont les revenus générés par ce sport doivent être contrôlés et redistribués.
En l'espace d'une décennie, le rapport entre la FIFA et l'UEFA est ainsi passé d'une coopération naturelle à une confrontation stratégique autour du contrôle et de l'avenir du football mondial.
Le Mondial des clubs, symbole de la nouvelle ambition de la FIFA
La réforme de la Coupe du monde des clubs est probablement le dossier qui illustre le mieux la stratégie de Gianni Infantino. La compétition est passée d'un format annuel à sept équipes à un tournoi réunissant 32 clubs, organisé tous les quatre ans. Avec cette évolution, la FIFA souhaite créer un événement mondial capable de rivaliser avec les compétitions majeures du football de clubs.
Pour l'instance internationale, l'objectif est double : augmenter l'attractivité commerciale du football hors d'Europe et permettre aux clubs des autres continents de se mesurer régulièrement aux géants européens. Gianni Infantino a régulièrement défendu cette vision, estimant que le football mondial devait offrir davantage d'opportunités aux clubs issus d'Afrique, d'Asie, d'Amérique du Sud ou de la CONCACAF.
La FIFA met également en avant les revenus générés par cette nouvelle compétition. Le tournoi doit permettre une redistribution financière plus importante vers les clubs participants et les confédérations moins riches.
Mais l'UEFA et plusieurs acteurs européens restent sceptiques. Leur principale inquiétude concerne la surcharge du calendrier. Les joueurs internationaux disputent déjà des saisons extrêmement longues entre championnats nationaux, compétitions européennes et rencontres internationales.
L'Association des Ligues européennes et plusieurs syndicats de joueurs ont notamment alerté sur les risques physiques liés à l'accumulation des matchs.
Une Coupe du monde à 48 équipes qui divise le football européen
L'élargissement de la Coupe du monde masculine de 32 à 48 sélections constitue une autre réforme majeure portée par Infantino. La FIFA défend cette évolution comme une manière d'offrir davantage de places aux nations émergentes et de renforcer la représentativité du tournoi. La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, est la première édition à adopter ce nouveau format.
Avec cette réforme, le nombre de matchs augmente également : le tournoi passe de 64 à 104 rencontres. Pour la FIFA, cette évolution répond à une logique de développement mondial. Pour l'UEFA, elle soulève davantage de questions sportives et économiques.
Plusieurs dirigeants européens estiment que l'augmentation du nombre de matchs répond aussi à des objectifs commerciaux. Leur crainte est que les joueurs européens soient les premiers concernés par cette inflation du calendrier.
FIFA Forward Enterprise : la bataille économique derrière les réformes
Le projet FIFA Forward Enterprise (FFE) représente peut-être le point de tension le plus stratégique. Cette structure commerciale envisagée par la FIFA doit permettre de développer de nouveaux actifs économiques et de générer davantage de revenus pour financer les programmes de développement du football mondial.
Depuis son lancement en 2016, le programme FIFA Forward a déjà permis à la FIFA d'augmenter considérablement ses investissements dans les fédérations nationales. La FIFA affirme avoir consacré plusieurs milliards de dollars au développement du football depuis la création du programme.
Mais l'idée d'une structure commerciale pouvant accueillir des investisseurs privés inquiète l'UEFA. L'organisation européenne redoute une transformation profonde du modèle économique du football mondial et demande davantage de garanties sur la gouvernance et la transparence du projet.
Pour les dirigeants européens, l'enjeu dépasse simplement la question financière : il concerne le contrôle des ressources futures du football.
Pourquoi l'Europe s'inquiète particulièrement ?
La résistance européenne s'explique aussi par une réalité économique. Les cinq grands championnats européens (Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie et France) concentrent une grande partie des revenus mondiaux du football grâce aux droits TV, au sponsoring et aux compétitions de clubs.
La Ligue des champions de l'UEFA représente notamment l'un des produits sportifs les plus lucratifs au monde. L'arrivée de nouvelles compétitions internationales organisées par la FIFA pourrait donc, selon certains dirigeants européens, réduire l'exclusivité et la valeur commerciale des compétitions de l'UEFA.
Une bataille pour le contrôle du football mondial
Au-delà du Mondial des clubs, de la Coupe du monde à 48 équipes et de FIFA Forward Enterprise, le conflit oppose deux visions. La FIFA défend un modèle d'expansion mondiale, avec davantage de compétitions, plus de revenus commerciaux et une redistribution accrue vers les nations moins développées. L'UEFA défend un modèle davantage basé sur la stabilité sportive, la protection des joueurs et la préservation de la valeur des compétitions européennes.
Cette opposition explique pourquoi la relation entre Gianni Infantino et Aleksander Čeferin s'est progressivement détériorée. Les deux hommes ne s'opposent pas seulement sur des dossiers ponctuels : ils incarnent deux conceptions différentes de l'avenir du football.